Habitat International Coalition
Réseau global pour le droit à l'habitat et la justice sociale
 
23e rapport sur l'état du mal-logement en France
 Télécharger en format PDF    Bookmark and Share
La 23e édition du rapport annuel sur L’État du mal-logement de la Fondation Abbé Pierre livre une nouvelle description de la crise du logement. Si le marché de l’immobilier affiche une bonne santé générale, 4 millions de personnes restent mal logées ou privées de domicile, tandis que 12 millions voient leur situation fragilisée par la crise du logement.
Auteur: Fondation Abbé Pierre
09-02-2018

Introduction

Assignés au mal-logement ?

4 millions de personnes mal-logées, 12 millions fragilisées. Ce constat, dans sa froideur statistique, martelé par la Fondation Abbé Pierre, est au cœur des analyses de la crise du logement (voir Les Chiffres du mal-logement p. 198). Le gouvernement n’a d’ailleurs cessé de les mettre en avant au cours des derniers mois, pour justifier… la baisse de l’effort public pour le logement. « Le logement c’est presque 40 milliards de dépense publique et 4 millions de Français mal logés, une politique qui ne fonctionne pas », déclarait ainsi le Président de la République Emmanuel Macron sur TF1 le 15 octobre 2017.

Au-delà du raisonnement étonnant consistant à souligner la gravité d’un phé- nomène pour justifier un désengagement public, ces chiffres du mal-logement doivent être analysés avec rigueur et maniés avec précaution pour ne pas être mal interprétés, qu’il s’agisse de la photographie du mal-logement comme de l’analyse de son évolution.

Ce signal d’alarme permanent, cet appel à la mobilisation la plus urgente pour des millions d’entre nous dans la difficulté, n’est pas toujours compris car il cohabite avec d’autres indicateurs plus rassurants sur l’état du logement dans notre pays. La France construit beaucoup, et n’a même jamais compté autant de logements vides. Les Français n’ont jamais disposé en moyenne d’autant de m² par personne (37 m²), les ménages n’ont jamais été aussi petits (2,35 personnes en moyenne) et leurs logements aussi grands (86 m²). Leur satisfaction vis-à-vis de leur logement est largement positive : 30 % jugent leurs conditions de logement « très satisfaisantes » et 47 % « satisfaisantes ». Seuls 23 % d’entre eux souhaiteraient en changer. La qualité du parc de logements s’améliore rapidement, et la part des logements privés du confort sanitaire de base se réduit comme peau de chagrin d’année en année.

Tous ces constats sont parfaitement exacts : les Français d’aujourd’hui, en moyenne, sont incomparablement mieux logés que leurs grands-parents de l’époque de l’appel de 1954 de l’abbé Pierre. C’est le résultat d’une élévation géné- rale du niveau de vie de la société, mais aussi d’un effort public financier important et constant depuis des décennies, en particulier au bénéfice des locataires et accédants à bas revenus à travers les aides personnelles au logement, dont la contribution à l’amélioration de la qualité des logements des couches populaires est majeure.

L’enjeu est donc crucial de mener une description de la crise du logement nuancée, soulignant aussi bien les succès majeurs depuis l’après-guerre, que les failles PARTIE I I Introduction : Assignés au mal-logement ? 13 béantes dans l’aide au logement et la dérégulation des marchés immobiliers depuis le début des années 2000. L’objectif est bien d’améliorer l’écosystème de la politique du logement à la française, mais sans jeter le bébé avec l’eau du bain, en particulier les deux outils majeurs de la solidarité dans le logement que sont les APL et les logements sociaux, particulièrement malmenés par la nouvelle majorité (voir introduction de la partie politique, page 216).

L’analyse du mal-logement est aussi complexifiée par la nature du mal-logement, qui n’est pas qu’un stock à résorber à un moment donné mais avant tout un flux continu de situations diverses qui s’améliorent ou se détériorent. À cet égard, la photographie du mal-logement, qui fait apparaître des tendances contradictoires selon les critères utilisés, doit se doubler d’une prise en compte des mobilités des ménages. Or, l’aggravation de certains aspects du mal-logement est d’autant plus inquiétante que de nombreux indicateurs dessinent un paysage qui se fige pour les plus modestes, et des destins résidentiels qui divergent de plus en plus selon les catégories de revenus. Les inégalités face aux conditions de logement se doublent en bas de l’échelle sociale d’inégalités de patrimoine et de chances de poursuivre un parcours résidentiel ascendant, et au final d’une réduction drastique, pour soi ou ses enfants, de l’espoir d’en sortir un jour. Comme si des millions de personnes, en plus d’être mal-logées aujourd’hui, se voyaient assignées à le rester toute leur vie.

Plus d'informations

 
 
Tags
• Droit au logement et à la terre/Droit au logement adéquat   
 


Habitat International Coalition
General Secretariat
 
<%=misereor_%>